Epargnée par les violences urbaines de 2005, Marseille a connu ce week-end son premier incident dramatique: l'attaque d'un autobus par des adolescents dans laquelle une femme de 26 ans a été grièvement brûlée, suscitant l'indignation générale en France.
La jeune femme, Mama Galledou, une étudiante marseillaise d'origine sénégalaise, luttait dimanche contre la mort.
Elle a été brûlée à "près de 70% de la surface du corps" et "le pronostic vital est engagé", a indiqué l'Assistance publique des hôpitaux de Marseille (APHM). Si elle s'en sort, elle devrait garder une infirmité permanente, a précisé le procureur de la République, Jacques Beaume, selon qui les auteurs sont passibles de 30 ans de réclusion criminelle.
Cette attaque, qualifiée de "guet-apens" par M. Beaume, a été commise samedi soir dans le 13e arrondissement, à proximité de cités habituellement sans problèmes notables. Le visage dissimulé dans leur capuche, des adolescents ont forcé les portes du bus qui transportait une dizaine de passagers, ont répandu de l'essence et y ont mis le feu avant de prendre la fuite.
Face à cet incident, le plus dramatique autour de l'anniversaire redouté de la première nuit d'émeutes de 2005, l'émotion a été générale et a amené le gouvernement à décider un renforcement de la sécurité dans les transports.
Le président Jacques Chirac s'est entretenu par téléphone avec la famille de la jeune femme. Il lui a exprimé "son horreur devant cet acte ignoble".
Le Premier ministre Dominique de Villepin a fait part de "son indignation devant cet acte de violence" et annoncé qu'il tiendrait lundi à Matignon une réunion sur la sécurité et les transports publics.
Le ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy, qui a évoqué "une inqualifiable tentative criminelle", a lui aussi téléphoné à la famille et pris des nouvelles auprès du médecin de la jeune femme.
A quelques mois de la présidentielle, l'incident a également pris une tournure politique: le premier secrétaire du PS François Hollande s'en est directement pris à Nicolas Sarkozy.
"Sa responsabilité est forcément engagée, quand il a enlevé des effectifs de police de certains quartiers, lorsqu'il a cassé la police de proximité, lorsqu'il a lui-même provoqué verbalement un certain nombre de jeunes. Oui, il a créé une situation de tension", a-t-il déclaré sur Radio J, tandis qu'à Tours, le président du Front national, Jean-Marie Le Pen, dénonçait "une stratégie de tension".
Les trois candidats à l'investiture PS pour 2007 ont également réagi. Ségolène Royal a exprimé son "horreur" et sa "consternation". Laurent Fabius a prôné la "fermeté" face "à un acte horrible, inqualifiable". Dominique Strauss-Kahn a dénoncé "un drame horrible" et "un acte absolument inqualifiable".
Des mesures ont été immédiatement arrêtées: le nombre de CRS a été doublé à Marseille, avec l'envoi de deux compagnies s'ajoutant aux deux déjà en place.
A partir de ce dimanche, une "tolérance zéro" sera appliquée dans huit zones "sensibles" de la ville, a indiqué le préfet de la région PACA (Provence-Alpes-Côte d'Azur) Christian Frémont, ajoutant que les quatre terminaux principaux de bus feraient par ailleurs l'objet d'une "surveillance permanente" par la sécurité publique.
Aucun bus ne circulait dimanche dans la ville, les chauffeurs ayant décidé d'exercer leur droit de retrait.
Les enquêteurs tentent désormais de recueillir un maximum de témoignages: "Une enquête de voisinage extrêmement importante est en cours", a indiqué le procureur en soulignant que les témoignages pouvaient rester anonymes.
Alors que Marseille compte plus de 10% d'immigrés et des zones de grande pauvreté, les responsables de la région ont pour leur part été unanimes: l'action de samedi soir constitue "un acte isolé" et la situation y est "globalement calme", ont-ils assuré.
AFP, 29 10 2006”
Tout d'abord, je souhaite exprimer ma compassion envers la jeune femme grièvement brûlée lors de cette attaque. J'indique, à ce titre, que le propos tenu ici n'a pas été élaboré sans respecter la souffrance des victimes, ni en les insultant.
Ma petite analyse (elle vaut ce qu'elle vaut)
En bleu : les faits et circonstances étranges : dans une ville épargnée par les évènements de Novembre 2005, la violence éclate souain, sans cause ponctuelle apparente, et dans un quartier “habituellement calme” (AFP).
L'évenement survient alors que "l'anniveraire" des émeutes de Novembre 2005 approche, comme si un certain Nicolas voulait nous rappeler le climat de tension extrême de cette époque, quitte à nous y replonger.
En vert : À Quoi profite le crime : comment les pouvoirs publics locaux et nationaux ont profité de l'évènement pour renforcer le contrôle sur les populations locales (doublement des effectifs de la CRS), contôle sur les employés du service des bus de la RTM (qui, doit-on le rappeler, ont mené des actions syndicales plus ou moins récemment), et l'opinion publique, prétendument au non de la sécurité.
Par exemple, les nouveaux effectifs de CRS ne serviront pas uniquement à sécuriser les transports en commun, ce n'est pas leur mission première, et deux fois moins d'effectifs auraient suffi : il est bien question de renforcer la présence policière dans Marseille, sans hésiter pour ce faire à utiliser un évènement ponctuel comme prétexte.
L'expression “tolérance zéro” risque bien elle aussi de ne pas s'appliquer qu'aux transports publics : il s'agit bien d'une démarche générale, et les CRS ne sont pas là pour vérifie que tout e monde valide son ticket dans les bus.
Et si “des mesures ont été immédiatement arrêtées” (AFP), c'est bien que tout était déjà prêt. On ne déploie pas, à mon avis, deux compagnies de CRS en ne prenant le temps que d'une journée, qui plus est, un dimanche, sans l'avoir préparé auparavant.
En jaune : À Qui profite le crime, les calculs politiques inhérents à tout cela : les noms qui réapparaissent, alors qu'on les avait presque oubliés, à six mois de la présidentielle. Le Pen, grâce à cet évenement, tient un sujet sur lequel il est d'habitude à sa place (la sécurité). Au lieu d'aller dans ce sens, Le Pen dénonce la stratégie sarkozyste = Sarkozy se sert-il de Le Pen pour barrer la route aux socialistes, en lui faisant dire, chose peu courante, l'exacte vérité (« stratégie de tension ») ? Sarkozy tente-t-il les gens de voter FN, en créant, au besoin, de l'évènement, pour diminuer les suffrages potentiels des socialistes en augmentant « virtuellement » ceux de Le Pen, et les siens propres ?
À noter, Fabius est exhumé à cette occasion, lui aussi, alors que Ségolène l'avait enterré avec son bikini cet été. Il faut aussi remarquer que, bien qu'il soit candidat socialiste, Fabius “prône la fermeté” ! C'est bien probablement que cette fermeté, résultant de la peur instillée dans les populations en ce moment, servirait n'importe quel type de pouvoir, de gauche ou de droite, et n'importe quel candidat.
Tout simplement pour accroître le contrôle du pouvoir sur la population en s'offrant le luxe que ce soit la population elle-même qui le réclame. En en profitant pour surveiller les faits et gestes de tout le monde : qui dit qu'un jour on n'installera pas des caméras dans les isoloirs pour s'assurer, prétendument bien sûr, que des “jeunes” ne mettent pas le feu aux bulletins de vote ? Plus sérieusement, jusqu'où ces mesures pseudo-sécuritaires vont-elles enchaîner les gens ?
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